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L'interview de Petr Forman sur le site rtbf.be

 

 

 

Deadtown, cabaret western des Frères Forman à Latitude 50

 

 

Deadtown - © Forman

 

 

 

Dominique Mussche

 

Publié le mercredi 24 mai 2017 à 09h51 ICI

 

Véritables stars en République tchèque, les Frères Forman, Petr et Matej, promènent leur théâtre ambulant et fantastique à travers le monde depuis une vingtaine d’années. Accueillis il y a quelques années à Marchin avec Obludarium, ils reviennent avec Deadtown, leur toute fraîche création. Entourés d’une petite vingtaine d’acteurs et de musiciens, les Frères Forman marient les décors de théâtre et le monde magique des vieux films muets pour réinventer le Grand Ouest américain.

L'interview de Petr Forman

Ambiance vieux saloon bien animé, piano, cow-boys, prostituées, voleurs de chevaux… vision réaliste ou fantasmée ?

Petr Forman :  Il est vrai que nous nous somme souvenus des images de notre enfance ; nous jouions sans cesse à cowboys et indiens dans la rue. Et plus on vieillit plus on revient à sa jeunesse. Et en même temps, comme pur chaque spectacle, nous choisissons d’entrer dans un monde fort, qui nous donne beaucoup d’inspiration. A chaque fois nous abordons des univers qui nous offrent beaucoup d’espace pour déployer notre fantaisie et nos rêves. Bien sûr il existe beaucoup de livres sur le sujet, beaucoup de personnages aussi, beaucoup de films, et nous avons pris tout ça en compte. Mais il vous reste toujours un espace pour votre interprétation et votre imaginaire. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé et comment c’était, et donc je ne veux pas dire que nous trichons, mais nous pouvons ouvrir notre fantaisie. Par exemple, si on ne sait pas qui a décrit le premier le monde du western à travers ses dessins, eh bien nous, nous disons : mais bien sûr, c’est un tchèque qui se trouvait là ! Et en fait, pourquoi pas ? Il y a aussi toujours, sur ce sujet, des clichés qu’on a en tête : il y a le mec méchant, le salaud, le corbeau, … Il y a même aussi le cheval, mais comme nous sommes aussi marionnettistes, nous avons essayé de transformer le matériel à notre façon … Il y a beaucoup de décors et très peu de texte, car on se trouve à certains moments dans l’univers des films muets.

Votre spectacle puise à différents genres, il est difficile de lui coller une étiquette.

J’essaie en effet d’éviter les étiquettes. Si vous dites à quelqu’un "spectacle de danse" vous allez décourager ceux qui n’aiment pas la danse contemporaine. "Nouveau cirque" ? Les gens risquent d’être déçus parce qu’il y a peu de nouveau cirque dans ce spectacle. "Théâtre de marionnettes" ? Du coup les gens croient que c’est pour les enfants. Il y a tout dans ce spectacle : des danseuses, un formidable artiste de cirque, des marionnettes, de la vidéo …Tout est là pour créer une atmosphère, avec aussi des acteurs bien vivants ! Et si La technologie est bien présente, elle est juste un outil qui nous rappelle le temps où tout ce monde est né. On se trouve aux environs de 1900, et c’est là que tout commence : premier cinéma, premier film, premier enregistrement sonore. C’est une époque où des gens qui ne cessent de chercher et de rêver, ont beaucoup inventé, et c’est grâce à ces innovations qu’on est arrivé là où on est aujourd’hui. Je peux aujourd’hui enregistrer ma voix sur votre téléphone, mais tout commence avec le phonographe à cette époque. Et notre spectacle rend aussi hommage à tous ces "héros" qui nous inspirent et grâce à qui nous créons des spectacles pour continuer à faire rêver les gens.

 

 

 

 

 

Deadtown - © Forman

 

Votre spectacle, comme c’est le cas pour la plupart de vos créations, est narratif. Vous aimez raconter des histoires ?

Oui nous aimons raconter des histoires à travers des images. Mais nous ne voulons pas que les fils soient toujours visibles. Même si les gens demandent des choses claires, je suis presque sûr qu’ils apprécient aussi qu’on leur laisse à certains moments un espace où ils puissent créer leur propre histoire, ou qu’on leur demande de découvrir par eux-mêmes le sens caché de certaines images.

Le western, c’est le mythe de la frontière, de la création d’un nouvel univers, un monde d’immigration, de mouvement. Y a-t-il un message politique dans votre spectacle ?

Bien sûr nous avons pensé à tous ces thèmes, à la violence aussi de cet univers, mais finalement nous avons renoncé à les mettre en évidence. Finalement le message, s’il y en a un, serait : ce n’est pas nous ni les politiciens qui créons quelque chose pour vous, qui définissons les règles, rêvez et n’oubliez pas que votre imagination est assez forte pour créer ses propres lois. Vous pouvez changer le monde par vous-mêmes, il ne faut pas attendre que quelqu’un le fasse pour vous. Ne soyez pas des spectateurs passifs qui se contentent de regarder nos spectacles assis dans un fauteuil, vous pouvez aller beaucoup plus loin. Je crois que le théâtre est un lieu aujourd’hui où l’on a le droit de faire ça. Je ressens moi-même dans notre travail que, de plus en plus, on nous impose des lois qui nous limitent.

Vous utilisez la marionnette dans la plupart de vos spectacles. Pourquoi ?

Je donne des cours de marionnettes, c’est vraiment mon métier. Nous créons chaque fois de nouvelles marionnettes en fonction d’un nouveau spectacle. Mais ce ne sont pas des marionnettes comme Guignol ou comme des marionnettes à tiges. Il faut les comprendre au sens large : par exemple, dans ce spectacle, notre chef d’oeuvre à cet égard est le vélo cheval. Autre exemple : les décors changent souvent et très vite, et la personne qui est derrière et permet ces mouvements, c’est plus un marionnettiste qu’un technicien. Vous pouvez déplacer une chaise n’importe comment ou la déplacer de manière à correspondre au rythme de la scène. Et celui qui se trouve derrière la chaise, vous pouvez dire que c’est un marionnettiste, parce qu’il est vraiment obligé de la bouger avec un feeling qui correspond aux mouvements du décor. Il ne s’agit donc pas de marionnettes au sens classique du terme, vous verrez par exemple de magnifiques oiseaux en bois, et la personne qui derrière lui donne vie est un marionnettiste

Vous travaillez en duo avec votre frère jumeau. Comment vous répartissez-vous les tâches?

Nous nous sommes plus ou moins partagé le travail : mon frère s’occupe de la scène et de la structure visuelle, et moi du spectacle depuis l’idée de départ et le scénario. Ici il a dessiné le chapiteau, le saloon. C’est un travail énorme : nous avons loué une grande structure en bois, mais nous avons dû construire tout ce qui se trouve à l’intérieur. Il est aidé par d’autres personnes : une scénographe, une créatrice de costumes, un vidéaste … Quand nous prenons des décisions, j’ai une confiance totale dans mon frère pour la réalisation de ces idées. Nous avons la chance d’être jumeaux, et donc nous avons les mêmes goûts, le même feeling. C’est un vrai bonheur de voir ses idées prendre vie sous les mains des scénographes et des techniciens. Mais je fais attention aussi quand j’imagine des choses, parce que je me rends compte de tout le travail qu’il y a derrière pour leur réalisation, et mon frère qui a l’esprit pratique pose des questions précises pour s’assurer que les idées soient utiles. Un décor doit être exploité au maximum de ses possibilités.

Un personnage mythique, Buffalo Bill, a été le premier à théâtraliser le western. Vous a-t-il inspiré ?

Oui, bien sûr. Il est le premier à avoir découvert qu’un cirque façon western peut marcher en Europe. Et nous exploitons un peu la même idée sous forme de cabaret.

 

Deadtown des Frères Forman, spectacle tous publics à partir de 8 ans

Chapiteau Latitude 50 à Marchin Du 23 au 26 mai à 20h et le 28 mai à 16h